Arles route

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#1 2006-10-23 16:30:07

Duchemin
Regular member

Spiritualité

La spiritualité sur les chemins n'est pas seulement religieuse. Elle est pour beaucoup une démarche à la recherche de soi-même. Recherche d'un équilibre harmonieux dans une société matérialiste.

L'épanouissement personnel se développe sur le chemin ou personne ne peut tricher. Riches ou pauvres suivent le même parcours sous le soleil, le vent ou la pluie. Ils partagent parfois la faim et le même sandwich lorsqu'ils se trouvent isolés en pleine nature. Ils partagent aussi des confidences, qui contribuent à les rapprocher.

Ces éléments gomment les différences de statut social. La marche permet de redécouvrir l'authenticité, de distinguer l'essentiel du superflu et d'offrir à l'autre la reconnaissance de sa véritable dimension.

Avez vous des témoignages illustrant cette découverte de la fraternité pèlerine ?


L'homme qui marche ne peut pas être asservi. (Henri Vincenot)

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#2 2007-02-03 07:20:00

roselyne
Regular member

Re: Spiritualité

Bonjour,concernant la fraternité du chemin,je n’ai pas encore réfléchi beaucoup à ce thème. Petit bavardage : « charlar » en espagnol,quand je pense à ce mot,et je ne possède pas très bien la langue,je pense à chuchoter,faire des confidences,effectivement sur mon petit chemin, Arles-Toulouse en solitaire,j’ai eu ce sentiment de chuchoter. D’abord par la rareté des pélerins bien sûr,les longues heures face à moi-même,la nature,les animaux,quelques biches fugitives,des travailleurs dans les vergers,un avion dans le ciel,le facteur à Saint Guilhem,l’arrivée dans un village,de loin,un peu comme le colporteur d’antan. Tout cela me remplissait de joie,me réconfortait,me faisait moins seule. Quelques images gravées en moi,un café échangé au petit matin sur un rocher au soleil avec Joël,lui marchait dans l’autre sens depuis Toulouse,il m’a parlé de l’arbre déraciné que j’allais rencontrer,de ses parents auxquels il rendait visite,c’était simple ,amical, façile. J’ai retrouvé sa trace sur le livre d’or du gîte suivant. Je ne sais pas si on peut parler de spiritualité, mais j’ai été très sensible à ces rencontres d’un instant qui me reliaient à une humanité en marche, chacun avec son histoire,mais comme s’il y avait un lien commun,nul ne sait lequel. Un autre point,l’hospitalité,dans une précarité choisie,celle du chemin,à la merci de la pluie,du vent,de la fatigue,comme il est doux de trouver un paquet de café,posé là comme oublié ,chacun sait qu’il n’a pas été oublié,ce café,mais laissé. Les religieuses de l’Abbaye Ste Scholastique,muettes,presque invisibles,et pourtant,la propreté du lieu,le pain enveloppé d’un torchon de lin à rayures rouges pour les pélerins matinaux,leurs chants dans la chapelle,le repas pris au réfectoire avec des retraitants,une mère de famille venue là avec son fils pour qu’il révise son bac,le linge qui sèche toutes chaussettes confondues,oui,la fraternité s’installe tout doucement,à bas bruit. Et puis l’idée de se perdre en pays inconnu,j’aime regarder la météo sur Arte,j’y vois l’Espagne et je m’imagine là,dans quelques mois,un point que nul satellite ne verra et pourtant,nous y serons,nous tous,en quête,tout en sourire,en attente,comme tout être humain sera lui aussi un point que nul satellite ne verra et pourtant……

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#3 2008-02-05 19:47:54

zabethrando
Member

Re: Spiritualité

Voilà c'est ça ,merci Roselyne de l'avoir si bien écrit !

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#4 2008-02-09 20:12:37

roselyne
Regular member

Re: Spiritualité

Bonsoir, merci aussi de m’adresser ce petit clin d’œil un an après son écriture. Depuis, une année a passé et je suis arrivée à Santiago de Compostela en Juin dernier avec dans la tête ce même état d’esprit et je viens remercier là les pèlerins, les hospitaleros et la population tant française qu’espagnole car quelle expérience époustouflante que cette humanité en marche, ces longues heures entre ciel et terre où l’on devient par miracle de la marche un élément de ce vaste espace.
Ce qui m’a le plus frappée, c’est de voir comment le corps s’adapte au sol, au poids du sac, laissant place à l’esprit, le regard, la disponibilité. J’ai été très étonnée de la spontanéité des rencontres, comment elles se font au bruit d’un pas derrière soi ou d’une démarche devant soi. Toutes ces rencontres et séparations où rien n’est dû sinon le désir de partager en cadeau quelques pas ou quelques km. Cette façon de se dire et d’entendre autrui, ces amitiés singulières non scellées par des adresses mais à jamais gravées avec le plaisir étrange de se souvenir que là et là et là aujourd’hui vivent un tel et une telle que l’on ne reverra sans doute pas.
Depuis, j’ai lu « Le récit du pèlerin Russe », livre que j’avais caressé du regard sans l’acheter avant de partir et lu au retour tel une coupe de ce délicieux parfum. Oui j’y ai trouvé des correspondances dans l’errance apparente qui se mue en alchimie d’un soi déjà connu mais redécouvert au rythme lent et parfois douloureux du souffle et des pas.
Oui, il m’est arrivé de ne plus supporter les « pèlerins » de faire ma crise à cause de ces satanés sacs plastiques du matin, je me suis alors écartée du chemin deux jours pour aller visiter San Millán de la Cogolla et bien, quand j’ai rejoint le chemin et vu mon premier pèlerin, quelle joie, là étaient mes frères !! expérience insignifiante et pourtant qui venait bien dire là toute l’humanité de l’altérité.
La spiritualité du chemin serait alors, après le retour, d’aller puiser dans ces ressources là et d’accepter qu’elles parviennent à moi dans des instants inattendus.
Merci de m’en donner l’occasion.
Amitié   Roselyne

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